Ibrahim Traoré, né le 14 mars 1988 à Kera, dans la Commune de Bondokuy (Burkina Faso), est le chef d’Etat du Burkina Faso depuis le 30 septembre 2022. Au sein de l’armée, il porte le grade de capitaine. Le 30 septembre 2022, il renverse le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba par un coup d’Etat et prend la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration. Agé alors de 34 ans, il est le plus jeune chef d’Etat au monde. Il a fréquenté le lycée mixte d’Accart-ville de Bobo-Dioulasso, où il obtient le baccalauréat en 2006.
Il est diplômé en géologie à l’Université de Ouagadougou. Il a été durant ses études militant de l’Association nationale des étudiants du Burkina (ANEB), une organisation estudiantine d’inspiration marxiste. Il est par ailleurs proche d’associations musulmanes, et membre de l’Association des étudiants musulmans. Il sort diplômé avec mention.
Ibrahim Traoré n’est pas issu du Prytanée militaire de Kadiogo (PMK), contrairement à son prédécesseur Damiba et bon nombre d’officiers burkinabè. Après des études universitaires en géologie à l’Université Joseph Ki-Zerbo à Ouagadougou, Ibrahim Traoré intègre l’armée en 2010. Il fait sa formation à l’Académie militaire Georges Namoano, une école de formation d’officiers basée à Pô, où il sort vice-major de sa promotion. Le jeune soldat va rapidement gravir les échelons militaires.
En 2012, il devient sous-lieutenant. En 2014, il passe au grade de lieutenant avant d’être promu capitaine en 2020. En mars 2022, il est nommé chef d’artillerie (RA) du dixième Régiment de commandement d’appui et de soutien (10e RCAS) basé à Kaya par l’ex-président Damiba.
Le capitaine Traoré a participé à plusieurs opérations militaires dans la lutte contre le terrorisme, notamment à Djibo, où il était placé sous les ordres du lieutenant-colonel Damiba, alors commandant du groupement des forces armées antiterroristes en 2017. Il a également pris part à l’opération Otapuanu en 2019 et a aussi servi au sein du détachement militaire de Markoye au Sahel.
Ibrahim Traoré prend le pouvoir par un coup d’État le 30 septembre 2022, après avoir annoncé la destitution de Damiba. Il s’agit du deuxième putsch dans le pays cette année-là. Le capitaine Traoré fait partie des officiers qui ont participé au coup d’Etat qui avait renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, et conduit le lieutenant-colonel Damiba, président du MPSR, au pouvoir le 24 janvier 2022.
En raison de la situation sécuritaire dégradée et du non-respect des engagements pris lors du premier coup d’Etat, ces officiers ont décidé de destituer le président Damiba le 30 septembre. Ibrahim Traoré est désormais à la tête du MPSR. Ce coup d’Etat fait suite à plusieurs attaques terroristes meurtrières, particulièrement celle de Gaskindé, au nord du Burkina Faso, où un convoi de ravitaillement est tombé dans une embuscade terroriste. Selon le bilan officiel, on dénombre 11 militaires tués et plusieurs civils portés disparus. D’autres sources évoquent une centaine de civils tués.
Damiba démissionne finalement le 2 octobre. Le 6 octobre 2022, un Acte fondamental rétablit la Constitution et déclare Traoré chef de l’Etat. Il devient alors le premier musulman à accéder au poste depuis le renversement de Saye Zerbo en 1982.
Assurant expédier les affaires courantes, Traoré annonce la désignation d’un président de la Transition, civil ou militaire, par des assises le 14 octobre 2022. Ses partisans organisent des manifestations appuyant sa nomination à la tête de l’Etat, ce qui conduit à sa désignation à la tête de la Transition en sa qualité de président du MPSR. Il est investi le 21 octobre président de la Transition par le Conseil constitutionnel.
En novembre 2022, il renonce au salaire présidentiel, mais conserve son salaire de capitaine. Le 3 février 2023, Ibrahim Traoré annonce de grandes offensives à venir contre les djihadistes, et appelle au soutien populaire. En avril 2023, il décrète la mobilisation générale. En mai, il évoque les pays “amis” avec lesquels il construit ou se renforce une coopération militaire : la Russie, dont la milice paramilitaire Wagner pourrait être présente au Burkina Faso, la Turquie, qui lui fournit des drones Bayraktar TB2, ainsi que la Corée du Nord, qu’il envisage également comme un fournisseur d’armes.
Pour l’heure, le gouvernement privilégie le recours à ses propres forces dans la lutte anti djihadiste et ne semble pas avoir demandé l’aide des Russes de Wagner. Décidant de durcir la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso, son gouvernement organise un recrutement exceptionnel de 3000 militaires du rang, ainsi que l’enrôlement de 50 000 supplétifs “volontaires pour la défense de la patrie”.
Grâce à son âge, son expérience du terrain et son langage, Ibrahim Traoré séduit auprès de la jeunesse, qui compte pour plus de 70 % de la population mais reste largement sous-représentée au sein des institutions politiques. Il invoque régulièrement les idéaux de Thomas Sankara lors de ses discours, tels que la lutte pour la souveraineté nationale et le rejet de l’impérialisme. Il adopte une politique anti-française, obtenant ainsi le soutien des panafricanistes et des wahhabites. Après avoir échappé à une tentative de coup d’Etat en septembre 2023, il fait appel à des militaires russes pour assurer sa protection.
Le 25 mai 2024, au terme de nouvelles assises de la Transition auxquelles ne participent pas les collectifs de la société civile et les partis opposés à Ibrahim Traoré, la Transition est prolongée de cinq ans (à partir du 2 juillet 2024) par l’adoption d’une nouvelle Charte qui accorde à celui-ci le titre de président du Faso, et lui permet de se présenter aux prochaines élections.
Le jour même, Traoré signe la nouvelle charte, ce qui permet son entrée en vigueur.
Le 11 juin 2024, une attaque par les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a lieu dans la base militaire et dans la Commune de Mensila (Est du pays). Le lendemain, un obus est tiré sur le siège de la télévision nationale, à proximité de la présidence à Ouagadougou, sans que les tireurs ne soient identifiés. Les jours suivants, la relative absence d’Ibrahim Traoré de la scène publique pose question au sein de la société burkinabè.
Des soldats maliens et des mercenaires russes arrivent à Ouagadougou dans les jours qui suivent, sans que soit précisé leur rôle. Le conseil des ministres qu’il devait présider le 19 juin 2024 n’a pas lieu. Aujourd’hui, tout semble être rentré dans l’ordre et Ibrahim Traoré exerce normalement ses fonctions de président du Faso.